• ACTUALITÉS INTERNATIONALES
  • LES ENJEUX DE LA DÉFENSE FRANÇAISE
  • INDUSTRIE ET ÉCONOMIE
  • GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ

 Jacques Raimond 

  • ACTUALITÉS INTERNATIONALES :
  1. Sommet européen : gestion de crises plutôt que refondation
  2. A Tunis, les négociations inter-libyennes piétinent : longue est la route vers la paix
  3. Accord sur le nucléaire iranien : déclaration de l’UE sur le plan global commun
  • LES ENJEUX DE LA DÉFENSE FRANÇAISE :
  1. Guerre nucléaire : une menace à prendre au sérieux pour le ministère des Armées
  2. Revue stratégique : une « France forte » mais avec quels moyens ?
  3. Avec la hausse du budget des armées, le général Bosser est « parti à la conquête des ressources » financières
  • INDUSTRIE ET ÉCONOMIE :
  1. La sécurité fait partie du package de l’entreprise du XXIème siècle
  2. Pourquoi la Turquie a-t-elle choisi d’acheter des missiles russes ?
  3. Crises spéculatives, paniques et cryptolevées de fonds
  • GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE ET DE SÉCURITÉ:
  1. Dix-neuvième congrès du PCC : le triomphe de la religion politique chinoise
  2. Qui est l’ennemi ?
  3. Le Conseil de sécurité des Nations Unies au Sahel : quels enjeux ?

 

 

ACTUALITÉS INTERNATIONALES

 

1 – Sommet européen : gestion de crises plutôt que refondation (IRIS, interview de Rémi Bourgeot)

Les 27 dirigeants de l’Union européenne se sont réunis à Bruxelles ces 19 et 20 octobre pour aborder les principaux enjeux auxquels elle est confrontée. Or la superposition de dossiers récents et sensibles – Catalogne, Turquie – qui s’empilent sur des réflexions de long terme – gouvernance économique et budgétaire, défense commune devant aboutir à un projet de refondation -, ont pour conséquence une mise à l’agenda peu lisible. Le point de vue de Rémi Bourgeot, économiste et chercheur associé à l’IRIS.

Brexit, Catalogne, crise de l’accueil des réfugiés, travailleurs détachés, situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient, tensions avec Ankara… Les dossiers sont nombreux. Quels étaient les priorités et les enjeux de ce sommet ?

Les dossiers sont effectivement nombreux et surtout disparates. Les débats paraissent quelque peu éloignés de l’idée d’un grand projet pour l’Europe que voudraient mettre en avant certains responsables politiques pour conjurer la crise multiforme qui secoue l’Union européenne. La Catalogne fait planer une ombre particulière sur ce sommet, avec le spectre de la dislocation d’un Etat dans le cadre européen. Le fait que la Commission se tienne à distance, alors que l’UE a plutôt été vue historiquement comme un soutien des régionalismes, et l’hostilité des Etats membres illustrent le caractère explosif de cette situation pour le cadre communautaire. Il était attendu de ce sommet, au cours des mois passés, qu’il permette des avancées importantes dans la construction européenne, une fois passées les élections allemandes et la relance du couple franco-allemand. Naturellement, la donne politique européenne est en réalité éloignée de la vision qui sous-tendait cet agenda il y a encore quelques semaines. Les dirigeants européens se retrouvent donc à gérer des dossiers les uns après les autres, à l’écart de l’idée d’une grande refonte ou d’une relance du projet européen. Alors que les projets relevant d’une grande vision, aussi bien économique sur le parachèvement de la zone euro que stratégique sur l’Europe de la défense, devait couvrir les controverses liées au Brexit, on voit précisément le problème du déraillement des négociations entre Bruxelles et Londres revenir sur le devant de la scène et occuper les discussions au-delà de ce qui était initialement prévu. Ce sommet qui devait viser la refondation de l’UE relève donc plutôt, une nouvelle fois, de la logique de la « gestion de crise ».

Emmanuel Macron aura été un des rares dirigeant politique européen à avoir conduit sa campagne avec comme fil conducteur un européisme assumé. L’ambition du président français de relancer l’Union européenne vous semble-t-elle réalisable ? L’actualité domestique de plusieurs Etats membres n’est-elle pas en train de paralyser la scène européenne ?

Le discours de la Sorbonne d’Emmanuel Macron a souvent été vu comme une « feuille de route » pour l’Europe, mais la conscience des limites pratiques sur les dossiers les plus fondamentaux évoquait davantage

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http://www.iris-france.org/101242-sommet-europeen-gestion-de-crises-plutot-que-refondation/

 

2 – A Tunis, les négociations inter-libyennes piétinent : longue est la route vers la paix (L’Expression, Chaabane Bensaci)

Des différends sans cesse remis sur le tapis

Un malheur arrivant rarement seul, le Conseil d’Etat a réagi aussi sec à travers un communiqué pour «rappeler» qu’il n’appartient pas au Parlement, hostile à l’accord onusien, de faire les propositions d’amendements, mais à lui et à lui seul. Pour l’ensemble des Libyens en attente d’une paix improbable, les années se suivent et se ressemblent. Le nombre incalculable de tentatives de réconciliation des camps ennemis semble n’avoir aucun effet sur la méthode expérimentale enclenchée avec la nomination de l’envoyé spécial franco-libanais de l’ONU, Ghassan Salamé. Réunies à Tunis dimanche dernier, les factions présentes ont vu une délégation parlementaire annoncer la «suspension» de sa participation aux pourparlers alors que les «consultations internes» se sont poursuivies jusqu’à hier soir. Les discussions de Tunis réunissaient, d’un côté des représentants du Parlement élu en 2014 et basé dans l’est du pays, de l’autre des membres du Conseil d’Etat basé à Tripoli et formé en grande partie par des ex-membres du Congrès général national (CGN, ex-Parlement) issu des élections de 2012 et dont Khalifa Ghweil est le chef de file. Les deux camps avaient pour objectif de convenir de plusieurs amendements à l’accord inter- libyen conclu sous l’égide de l’ONU en décembre 2015, à Skhirat, au Maroc. Lequel accord a servi de matrice à la création du Conseil présidentiel et du gouvernement conduits par Fayez al Serraj qui n’est pas parvenu, depuis, à asseoir son autorité sur l’ensemble du pays, du fait de la forte opposition du maréchal Haftar et des autorités de l’Est ainsi que des milices et tribus contestataires dans le Sud.

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http://www.lexpressiondz.com/internationale/277982-longue-est-la-route-vers-la-paix.html


3 – Accord sur le nucléaire iranien : déclaration de l’UE sur le plan global commun
(Conseil de l’Union européenne, communiqué)

1. Le plan d’action global commun, qui représente l’aboutissement de 12 ans d’efforts diplomatiques menés sous l’impulsion de l’UE et qui a été approuvé à l’unanimité par la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies, est un pilier central de l’architecture de non-prolifération nucléaire à l’échelle mondiale et un facteur essentiel pour la sécurité dans la région. Sa mise en œuvre réussie continue à assurer que le programme nucléaire iranien demeure exclusivement pacifique. L’UE souligne que, dans le cadre d’un système de surveillance complet et rigoureux, l’Agence internationale de l’énergie atomique a vérifié à huit reprises que l’Iran respecte l’ensemble des engagements qu’il a souscrits en matière nucléaire.

2. L’UE est déterminée à ce que toutes les parties du plan d’action global commun continuent d’être intégralement et effectivement mises en œuvre. L’UE souligne que la levée des sanctions liées au nucléaire a des retombées positives sur les relations commerciales et économiques avec l’Iran, notamment pour le peuple iranien. Cela renforce la coopération et permet d’entretenir un dialogue permanent avec l’Iran.

3. L’Union européenne considère que la décision du président Trump de ne pas reconnaître que l’Iran respecte le plan d’action global conjoint s’inscrit dans le cadre d’un processus interne aux États-Unis. L’UE encourage ces derniers à maintenir leur engagement à l’égard du plan d’action global commun et, avant d’adopter toute nouvelle mesure, à prendre en considération ses implications sur leur sécurité nationale, celle de leurs partenaires et celle de la région.

4. Tout en exprimant les préoccupations que lui inspirent la question des missiles balistiques et les tensions croissantes dans la région, l’UE réaffirme la nécessité de traiter celles-ci en dehors du plan d’action global commun, au sein des formations et enceintes appropriées. L’UE est prête à promouvoir et à soutenir activement toute initiative visant à assurer un environnement régional plus stable, pacifique et sûr.

5. À une époque où plane une grave menace nucléaire, l’UE est déterminée à faire en sorte que le plan d’action global commun reste un pilier central de l’architecture internationale de non-prolifération.

 

LES ENJEUX DE LA DÉFENSE FRANÇAISE 

 

1 – Guerre nucléaire : une menace à prendre au sérieux pour le ministère des Armées (Challenges, Vincent Lamigeon)

Remis par Florence Parly à Emmanuel Macron, ce document définit les menaces pour la France et la stratégie de défense à adopter. Il insiste sur l’ambiguïté des menaces actuelles, qui pourraient aboutir à une escalade jusqu’au « seuil nucléaire ».

Une centaine de pages et 321 points évoqués. C’est un véritable précis de stratégie de défense que vient de remettre à Emmanuel Macron la ministre des armées Florence Parly. Issu des trois mois de travaux de la commission dirigée par le député européen Arnaud Danjean, la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale est une sorte de mini-Livre Blanc sur la défense, qui résume la situation stratégique mondiale, les menaces pour la France, et les réponses que les armées doivent être capables d’apporter. Seule – et importante – différence : contrairement aux derniers Livres blancs, le document n’intègre pas le  » contrat opérationnel  » des armées, c’est-à-dire le nombre maximal de soldats et d’avions de combat que la France doit être capable de déployer. « Ce contrat opérationnel sera défini dans le cadre des travaux de la prochaine loi de programmation militaire, votée début 2018 », explique Martin Briens, directeur de cabinet de Florence Parly. Quel tableau stratégique dresse ce document ? Il s’inscrit dans la continuité du Livre blanc de 2013, en insistant sur un « environnement global durablement dégradé, instable et incertain », selon les termes d’Arnaud Danjean. Il y a évidemment la menace du terrorisme djihadiste, qui « se reconfigure en permanence » et « va muter et persister » malgré les défaites militaires de Daech au Levant. Il y a le retour des Etats-puissances, Russie et Chine en tête. « L’affirmation de la puissance russe appelle en réponse une fermeté qui doit s’accompagner d’un dialogue », estime ainsi document. Quant à la Chine, elle « devient la seconde puissance mondiale », met en service « un sous-marin par an », et peut compter sur  « un budget plus de quatre fois supérieur à celui de la France, pour une valeur équivalente il y a dix ans « . Ce qui implique un  » dialogue stratégique lucide et exigeant ».

« Ambigüité entretenue à dessein »

La véritable nouveauté est ailleurs. Le document, auquel ont participé le chef d’état-major des armées François Lecointre, les chefs d’état-major des trois armées, mais aussi l’ancien patron de la DGSE Bernard Bajolet, le président de Naval Group Hervé Guillou et le directeur de l’Ifri Thomas Gomart, met en garde contre l’  » ambigüité  » qui s’est installée au cœur des relations internationales. En gros, les acteurs étatiques comme non étatiques peuvent désormais  agir de façon dissimulée, par des attaques cyber, par le recours des groupes de hackers mercenaires, par des déstabilisations par des trolls sur Internet. La frontière entre guerre et paix, entre crise et non-crise, s’en trouve brouillée, ce qui aboutit à un « état de tension endémique » qui « affecte en permanence les relations entre puissances ». Le risque généré par ces nouvelles zones grises est monumental, préviennent les auteurs. « Cette ambigüité entretenue à dessein peut conduire à une mauvaise lecture du niveau de menaces, et donc à des risques de dérapages, estime Arnaud Danjean. On est souvent à la limite de l’agression et de l’incident. »  Le point 148 de la revue stratégique est encore plus explicite : « Il résulte de ces tendances convergentes un risque accru d’escalade  et de montée aux extrêmes entre Etats, potentiellement jusqu’au franchissement du seuil nucléaire, en raison des erreurs possibles concernant les seuils de réaction adverses. » Tout ressemblance avec les intimidations entre Donald Trump et Kim Jong-Un serait purement fortuite…

« Modèle complet d’armée »

Dans ce contexte instable et imprévisible, la revue stratégique préconise de maintenir un « modèle complet d’armée », autrement dit des forces capables d’entrer en premier sur un théâtre, d’assurer une posture permanente de dissuasion, d’être déployées durablement sur le territoire national, et de s’engager « en opération de haute intensité dans tous les milieux : terrestre, maritime, aérien, espace exo-atmosphérique et numérique ».

Retrouvez l’intégralité de l’article avec ce lien :
https://www.challenges.fr/entreprise/defense/guerre-nucleaire-une-menace-a-prendre-au-serieux-pour-le-ministere-des-armees_506154

 

2 –  Revue stratégique : une « France forte » mais avec quels moyens ? (Institut Thomas More, Sylvestre Mongrenier – Note d’actualité 45)

La Revue stratégique, qui vient d’être rendue publique, fait un état des lieux globalement lucide du contexte stratégique et des menaces qui montent. Si elle manque sans doute d’âme, elle paraît consciente des périls qui pèsent sur l’ordre international. Elle esquisse les ambitions de la France en évoquant la nécessité d’une autonomie stratégique servie par une armée complète et équilibrée ainsi qui le rôle de leader à jouer en Europe. Pour autant, des silences et des absences symptomatiques nous rappellent que les bonnes intentions doivent être suivies par des actes et servies par des moyens.

« Point d’argent, point de Suisse ; et ma porte était close. » Jean Racine, Les Plaideurs, I-1

Député du parti Les Républicains au Parlement européen, Arnaud Danjean a remis au chef de l’État la Revue stratégique de Défense et de Sécurité nationale. Le contenu en a été rendu public le 13 octobre dernier. Ce document s’inscrit dans le prolongement du Livre Blanc de 2013 qu’il actualise en une centaine de pages et trois grandes parties : un contexte stratégique en dégradation rapide et durable ; de nouvelles formes de guerre et de conflictualité ; notre stratégie de défense : autonomie stratégique et ambition européenne. Si le texte manque d’âme – on se souvient d’un ancien président qui en appelait aux « forces de l’esprit » –, il faut souligner la clarté du propos et la lucidité de l’analyse. A bien des égards, les raisons d’agir et les objectifs assignés à la France, en matière de défense et de coopération au cœur des alliances, sont justes. Le président de la République en appelle à une « France forte, maîtresse de son destin ». Il reste à inscrire ces vues et ces objectifs dans une « grande stratégie » pour la mettre en œuvre et poser des actes de souveraineté.

La convergence de différentes lignes dramaturgiques

De prime abord, cette Revue stratégique constitue une solide étude stratégique et géopolitique du monde dans lequel nous sommes plongés. Risques et menaces sont exposés selon une méthode d’analyse multiscalaire qui distingue différents espaces et ordres de grandeur. Outre les menaces directes sur le territoire national, celles qui viennent de plus loin, ou dont les effets ne sont pas directement visibles par le quidam, sont traitées. Ainsi la première partie distingue-t-elle trois grandes zones dans le voisinage de l’Europe, autant d’espaces de confrontation ou subissant les pressions d’acteurs étatiques ou autres (mouvements terroristes jihadistes, « forces de procuration » agissant pour le compte de puissances étrangères). Il s’agit des frontières septentrionales et orientales de l’Europe, du Proche et Moyen-Orient, de l’espace sahélo-saharien. Au-delà de ces théâtres sur lesquels les armées françaises et occidentales sont engagées ou postées, d’autres espaces apparaissent tels les Balkans, ce que l’on devrait appeler la « plus grande Méditerranée », selon la formule d’Yves Lacoste ainsi que l’Afrique subsaharienne où les risques se concentrent. Quant à l’Asie orientale, elle n’est pas considérée comme un lointain Extrême-Orient dont les défis reposeraient sur les seules épaules des États-Unis. Sur le plan des menaces, on ne retrouve pas dans ce texte les pudeurs de langage du Livre Blanc de 2013 qui ne se référait qu’à un terrorisme abstrait, sans mentionner ses racines idéologico-religieuses. D’emblée, la préface du président de la République mentionne explicitement l’islamisme et le corps du texte abonde en référence au jihadisme. D’aucuns expliqueront qu’en 2013 l’État islamique n’avait pas encore surgi, mais Al Qaida sévissait déjà et, dans la bande sahélo-saharienne, les armes françaises étaient confrontées à ses versions africaines. Par ailleurs, le rattachement manu militari de l’Ukraine à la Russie et le déclenchement d’une guerre hybride dans le Donbass sont pris en compte, nonobstant quelques hésitations sur la désignation précise de cette menace. Les rédacteurs sont conscients que l’ordre international public européen est en péril. Peut-être le texte est-il excessivement prudent à l’égard du régime iranien, dont l’expansionnisme menace le Moyen-Orient d’une déflagration régionale. Le souci de conserver intact l’accord du 14 juillet 2015 semble avoir dominé la plume. A tout le moins, le programme balistique iranien et la volonté de ce régime d’étendre sa zone d’influence dans la région (« zone de domination » serait plus juste) sont cités. Enfin, si les effets induits par la montée en puissance de la Chine populaire et ses intentions stratégiques ne sont pas ignorés, là encore le texte est-il excessivement prudent sur toutes les conséquences. Ce tableau d’ensemble provoque une grande inquiétude sur le sort du monde et ses conséquences pour le petit nombre des libres nations. Alors même que des énergies titanesques hypothèquent l’avenir des sociétés occidentales, une partie des opinions publiques se complait dans le « narcissisme des petites différences » (Sigmund Freud) ou rêve de constituer des écosystèmes « végan-compatibles », à l’abri du fracas du monde. Si les rédacteurs de cette Revue stratégique sont au fait des choses – leurs analyses le démontrent –, ils peinent toutefois à en donner la pleine mesure. Par sérieux technocratique ou par perte du sens de l’eschatologie, composante intégrante de l’esprit européen selon Georges Steiner ? Le chef de l’État lui-même se limite à l’évocation d’une « nouvelle ère de turbulences ». Dans les faits, de multiples lignes dramaturgiques convergent et nous mènent au seuil d’une rupture d’équilibre. Sur ce point, l’expression de « monde multipolaire », posée comme une évidence, est inadéquate. La multipolarité implique un certain ordre et un semblant d’équilibre, alors que le chaos menace d’engloutir un monde toujours plus hétérogène et déséquilibré – vers une « guerre civile mondiale » ?

Penser de manière globale et se porter aux avant-postes

A la différence du Livre Blanc de 2013, le lecteur de cette Revue stratégique est frappé par l’insistance mise sur la dimension mondiale des risques, des menaces et des enjeux. Bien qu’édulcorés par rapport à l’ampleur du défi, les passages relatifs aux ambitions politiques chinoises et à leurs prolongements diplomatico-militaires sont à mettre en rapport avec ceux qui insistent sur la présence, les responsabilités et les intérêts de la France en Asie-Pacifique comme dans l’océan Indien. Au-delà des alliances stricto sensu, les « partenariats stratégiques » avec l’Inde, l’Australie et le Japon sont mis en exergue (1). Si l’on se fie à ce qui est esquissé dans ces analyses, il n’est pas question pour la France d’entériner le rétrécissement stratégique des dernières années et le recentrage sur l’ancien « pré carré » africain. De longue date sur la scène de l’Histoire, la France est campée comme une puissance devant non seulement conserver son autonomie stratégique, mais aussi être capable de tenir le rôle de « nation-cadre » au cœur des alliances et des coalitions auxquelles elle participe, et de se porter au-devant des défis. Le projet militaire européen dont il est question n’est donc pas celui d’une Europe provincialisée, à l’abri d’illusoires parapets. A rebours du caractère constructiviste des plans de relance de l’Eurozone, c’est une Europe des capacités dont on parle ici et de « formats » à géométrie variable visant l’efficience. Bref, une Europe qui fonctionne comme un incubateur de puissance et, sous l’impulsion de la France, qui soit capable de prendre sur ses épaules une partie du « fardeau » de la puissance, dans son environnement immédiat, mais aussi dans l’océan Indien et dans le Pacifique, en bonne alliance avec les États-Unis que menace l’hyperextension impériale (le « strategic overstretching » de Paul Kennedy). En toute logique, l’accent est mis sur la prévention, qu’il ne faut pas confondre avec une sorte de diplomatie à caractère thérapeutique, et la capacité à entrer en premier sur un théâtre d’opérations. La prévention signifie la possibilité, par une présence diplomatique et militaire au plus près des zones de crise, d’empêcher que des situations ne dégénèrent et requièrent une intervention. Le cas échéant, la France doit pouvoir compter sur le renseignement, son groupe aéronaval et des capacités de frappe adéquates pour intervenir de vive force, en national ou dans un cadre interallié. On regrettera que le tour d’horizon géopolitique opéré par les rédacteurs, le souci d’expliquer le vocabulaire stratégique et la volonté affirmée de placer la France au cœur de ses alliances ne soit pas englobés dans une vision plus large qui conférerait un supplément d’âme à cette revue d’ensemble.

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http://institut-thomas-more.org/2017/10/17/revue-strategique-une-france-forte-mais-avec-quels-moyens/

 

3 – Avec la hausse du budget des armées, le général Bosser est « parti à la conquête des ressources » financières (OPEX 360, Laurent Lagneau)

L’an prochain, le ministère des Armées devrait bénéficier d’un budget en hausse de 1,8 milliard d’euros. Et il est prévu de maintenir cet effort, à raison de 1,7 milliard par an pendant la durée du quinquennat en cours. Aussi important que cela puisse paraître, ces hausses annoncées risquent d’être insuffisantes pour garantir le modèle d’armée « complet » souhaité par la Revue stratégique publiée la semaine passée. En tout cas, elles le seront pour honorer la promesses du président Macron de porter le budget des armées à 50 milliards d’euros d’ici 2025 (hors pensions, hors coût des opérations), sauf à consentir un effort quasiment deux fois plus important à partir de 2022. Qui plus est, ces hausses sont à relativiser puisqu’elles prendront en compte une part de plus en plus importante des coûts liés aux opérations extérieures. Aussi, comme l’avait résumé Jean-Paul Bodin, le secrétaire général pour l’administration (SGA), il « va falloir faire entrer l’édredon dans la valise » étant donné que les besoins des armées dépassent largement les ressources ». Et cela d’autant plus que le renouvellement des deux composantes de la dissuasion nucléaire, va consommer une part importante des crédits. D’où les discussions « tendues, difficiles » entre les trois armées (Terre, Air, Marine). Dans ce contexte, le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Jean-Pierre Bosser, a utilisé une expression qui rend bien compte de ce qui va se passer. « Je suis parti à la conquête des ressources », a-t-il dit, lors de son dernier passage devant la commission de la Défense, à l’Assemblée nationale. Évoquant la prochaine Loi de programmation militaire (LPM), en cours d’élaboration, le CEMAT a indiqué qu’il souhaite « voir porter des ambitions de réparation, de recapitalisation et de modernisation » pour l’armée de Terre. Qui dit modernisation dit évidemment le programme Scorpion, qui vise à renouveler l’ensemble des véhicules blindés de l’armée de Terre. Sur ce point, le général Bosser ne varie pas : il faut accélérer sur ce dossier, étant donné qu’il a pris du retard. Et la coupe de 850 millions d’euros décidé en juillet l’a un peu affecté, avec un report concernant les tourelleaux des blindés. « J’estime aujourd’hui la reconstruction d’un VAB classique en VAB Ultima à 1,4 million d’euros, soit, bon an mal an, le prix d’un Griffon. Je pose donc la question, dans le cadre de la préparation de la loi de programmation militaire : continuerons-nous de reconstruire un matériel qui date des années 1970 ou allons-nous accélérer l’arrivée du Griffon ?

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http://www.opex360.com/2017/10/20/avec-la-hausse-du-budget-des-armees-le-general-bosser-est-parti-la-conquete-des-ressources-financieres/

 

INDUSTRIE ET ÉCONOMIE

 

1 – La sécurité fait partie du package de l’entreprise du XXIème siècle (La Tribune, Guillaume Poupard, de l’ANSSI)

 Présent aux Assises de la Sécurité de Monaco, le rendez-vous annuel des entreprises du secteur cybersécurité, Guillaume Poupard, le patron de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), s’est confié à « La Tribune » sur la nécessité d’une régulation forte pour pousser les PME à mieux prendre en compte le risque cyber. Il affiche aussi son scepticisme sur le vote électronique totalement sécurisé réclamé par Emmanuel Macron d’ici à 2022. Et dénonce les conflits de souveraineté entre les États européens et Bruxelles sur les enjeux de sécurité.

LA TRIBUNE – Les cyberattaques du printemps dernier, WannaCry et NotPetya, ont montré que les grands groupes ne sont pas les seuls visés par les cybercriminels. Les TPE/PME sont aussi, et de plus en plus, des cibles. Or, la prise de conscience du risque cyber est faible parmi ces entreprises, en partie car les acteurs du secteur s’adressent peu à elles. Est-ce un sujet que vous portez au niveau de l’Anssi ?

GUILLAUME POUPARD – Absolument. On le voit très bien à Monaco : dans le monde de la cybersécurité, les grands parlent aux grands. Les entreprises du secteur réalisent la quasi-totalité de leur chiffre d’affaires avec les sociétés de plus de 500 salariés, laissant les PME et les TPE sans solutions adaptées à leurs besoins, notamment en terme de prix. C’est une vraie carence. Or, comme l’ont montré les cyberattaques mondiales que vous mentionnez, les conséquences d’une attaque sur une PME peuvent être dévastatrices. Si un grand groupe est touché, cela peut lui coûter très cher, financièrement et en termes d’image, mais il ne va pas en mourir. Mais une PME ou une TPE peut mettre la clé sous la porte si son activité est paralysée. C’est inacceptable. Il faut donc que l’État fasse comprendre aux PME/TPE, qui sont en pleine transformation numérique, que la sécurité fait partie du package de l’entreprise du XXIe siècle. La question n’est plus de savoir si on va être attaqué. Ce débat-là est dépassé. L’enjeu, c’est de réaliser qu’il n’y a que deux types d’entreprises : celles qui ont déjà été attaquées, et celles qui ne le savent pas encore. La « fraude au président », les campagnes de phishing, les malwares ou encore les ransomwares concernent tout le monde. Le sens de l’histoire voudrait que les TPE/PME s’engagent sur une externalisation forte de leur système informatique. Autrement dit, que leur sécurité soit prise en charge par des entreprises qui leur proposent des offres dans le cloud en mode SaaS [Software as a Service, Ndlr], à des prix compétitifs. Le seul cap cohérent est que la sécurité des PME devienne un service parmi d’autres.

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http://www.latribune.fr/technos-medias/la-securite-fait-partie-du-package-de-l-entreprise-du-xxie-siecle-guillaume-poupard-anssi-754122.html

 

2 – Pourquoi la Turquie a-t-elle choisi d’acheter des missiles russes ? (L’Orient le Jour, Julie Kebbi)

Ankara a tourné le dos à ses traditionnels fournisseurs occidentaux pour sa défense antiaérienne, Moscou étant en accord avec ses conditions de livraison pour 2020. Le rapprochement entre Moscou et Ankara ne semble pas prêt de s’interrompre. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, défendait récemment encore le contrat d’achat de missiles russes sol-air S-400 signé en septembre, pour un montant estimé à 2,5 milliards de dollars. « Dans nos discussions avec (le président russe Vladimir) Poutine, nous n’envisageons pas de nous arrêter aux S-400. Nous discutons également des S-500 », a-t-il déclaré. Bien qu’étant la deuxième armée de terre de l’OTAN après l’armée américaine, la Turquie se détourne ainsi de ses alliés naturels, avec qui ses liens se font de plus en plus fragiles. La nouvelle préoccupe grandement les Occidentaux alors que les relations entre l’organisation atlantique et Moscou se sont fortement dégradées depuis 2014 lors de l’annexion de la Crimée par la Russie. « Nous prenons seuls les décisions relatives à notre souveraineté », a souligné M. Erdogan lors d’un entretien accordé au journal Hürriyet, suite à l’annonce de la signature du contrat. « Pourquoi cela provoquerait-il des tensions ? Un pays devrait être à la recherche des moyens idéaux pour sa propre sécurité », avait déjà lancé le président Erdogan en juillet face aux législateurs membres de son camp, le Parti de la justice et du développement (AKP). Cette vente est le fruit d’un long processus suite à un appel d’offres lancé en 2013 par Ankara pour s’équiper de missiles antiaériens à longue portée. Rosoboronexport, l’agence russe chargée des exportations d’armement, s’était alors jointe aux américains Raytheon et Lockheed Martin, au consortium franco-italien Eurosam et à la firme chinoise China Precision Machinery Export-Import Corporation (CPMIEC). Le contrat d’armement, d’un montant de 3,4 milliards de dollars, avait été attribué à CPMIEC en 2013, provoquant l’étonnement des parties à l’appel d’offres, avant d’être annulé en 2015 sous les pressions américaines et de relancer les négociations.

« Coopération pragmatique »

Le choix de se porter vers Moscou pour enrichir son arsenal militaire permet à la Turquie d’acquérir une certaine indépendance. Ankara ne dispose pas d’un système de défense antiaérien propre et dépend de ceux des forces occidentales sur son territoire. La décision turque s’inscrit également dans la continuité de la réconciliation avec le Kremlin entamée par M. Erdogan suite au putsch manqué de juillet 2016. Le passé des relations russo-turques a pourtant toujours été tumultueux. Depuis le XVIIe siècle, les rapports entre la Russie des tsars et l’Empire ottoman, puis au-delà, entre l’URSS et la Turquie moderne ont été souvent conflictuels. La guerre syrienne débutée en 2011 n’est que le dernier avatar de la rivalité entre les deux puissances : les Russes et Bachar el-Assad d’un côté, les Turcs et les rebelles syriens de l’autre.

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https://www.lorientlejour.com/article/1079407/pourquoi-la-turquie-a-t-elle-choisi-dacheter-des-missiles-russes-.html

 

3 – Crises spéculatives, paniques et cryptolevées de fonds (Le nouvel économiste)

La frénésie actuelle autour des crypto-monnaies illustre les côtés fous et pas si fous des bulles

Toutes les folies spéculatives sur un marché atteignent un point au-delà duquel les présentations devant des investisseurs potentiels entrent dans le domaine du surréaliste. Il en est ainsi pour les “initial coin offering” (levée de fonds pour un projet de crypto-monnaie), ou ICO. Une nouvelle levée de fonds lancée par une société nommée POW invite les utilisateurs de Facebook à prendre des jetons gratuitement. Quand ceux-ci deviendront plus tard convertibles dans d’autres monnaies, les premiers à avoir pris avantage de cette offre pourraient “peser 124 milliards de dollars… les rendant parmi les plus riches de la planète”, assure la publicité. Ce n’est pas un mauvais retour sur investissement sans fonds investis ni risque encouru. Aussi bizarres soient-elles, il est difficile de résister à ces bulles : personne ne veut être le dernier de son groupe d’amis à entrer dans la danse. Elles peuvent aussi être financièrement ruineuses. Mais parier sur une frénésie, même très douteuse, est parfois bien plus que de l’avidité aveugle.

Les Initial Coin Offrering font fureur

Le boom des ICO est une excroissance du monde émergent et parfois indéchiffrable des crypto-monnaies. Il s’agit d’une forme de monnaie (le Bitcoin et Ether en sont des exemples) utilisée dans des transactions enregistrées dans un registre comptable numérique, distribué et public, appelé blockchain. Une ICO est une technique pour lever des fonds pour un projet rédigé dans un contrat et hébergé sur une blockchain. Pour investir, les parieurs utilisent des crypto-monnaies pour acheter des jetons. Ces jetons deviennent la monnaie effective du nouveau projet. Un nouveau réseau social, par exemple, pourrait se financer grâce à une ICO, et ensuite autoriser ses utilisateurs à utiliser leurs jetons pour acheter des biens ou des services sur le réseau lui-même lorsque celui-ci est lancé. Pour les projets de monnaies qui réussissent, la demande pour ces jetons devrait augmenter et les investisseurs initiaux peuvent faire des bénéfices. Les ICO ressemblent autant à une nouvelle forme de crowdfunding, ou collecte de fonds en ligne, qu’à un bond en avant technologique par rapport aux régulations contraignantes des levées de fonds plus orthodoxes. Elles font aussi fureur. La valeur d’Ether, la monnaie utilisée sur la blockchain Ethereum, a augmenté de 2 400 % par rapport au dollar au cours de l’année passée, et se targue d’une capitalisation de près de 28 milliards de dollars. Les ICO ont permis de lever presque 2 milliards de dollars en 2017. Cela ressemble à de l’irrationalité totale en action, vouée à se terminer dans les larmes. Mais alors, pourquoi la fête continue-t-elle ? Les frénésies sont aussi vieilles que la finance, et les économistes ont consacré beaucoup de temps à les étudier. On les impute souvent à un accès aisé au crédit, mais la nature humaine à elle seule est capable de planter des banderilles dans le cou d’un taureau fou. Comme Charles Kindleberger l’explique dans son livre ‘Manias, Panics and Crashes’ (Frénésies, paniques et krachs), l’enthousiasme pour les nouveaux marchés ou les nouvelles technologies provoque souvent un optimisme excessif, qui entre généralement en collision avec la réalité lors d’un krach spectaculaire.

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GRANDS PROBLÈMES DE DÉFENSE
ET DE SÉCURITÉ

 

1 – Dix-neuvième congrès du PCC : le triomphe de la religion politique chinoise ( Institut Thomas More, Emmanuel Dubois de Prisque)

Le dix-neuvième congrès du Parti communiste chinois donne lieu à un renouvellement des instances dirigeantes, dans le cadre d’une cérémonie parfaitement orchestrée. Il faut s’attendre, sans surprise, à la consécration et au renforcement du pouvoir de Xi Jinping. Mais ce rassemblement quinquennal illustre surtout le paradoxe d’une Chine tout à la fois ultra-moderne par son dynamisme économique, et archaïque dans sa forme politique. Curieusement, ce sont peut-être les catégories de la théologie qui sont les mieux adaptées pour saisir cet objet non-identifié qu’est encore pour nous la Chine.

Le 18 octobre 2017 s’ouvre à Pékin le dix-neuvième congrès du parti communiste chinois (PCC). Ce congrès, qui se tient tous les cinq ans, renouvèlera le comité central et les autres instances dirigeantes d’un parti dont le pouvoir sur l’État et la société chinoise ne souffrent aujourd’hui aucune contestation apparente. Pendant une semaine, les dirigeants du parti défileront à la tribune pour surenchérir d’autosatisfaction en un rituel parfaitement huilé. Si l’on s’en tient aux congrès précédents, tout devrait se dérouler sans anicroche. Plus de deux mille délégués éliront un comité central de deux cents personnes environ, qui lui-même élira un bureau politique de vingt-cinq personnes, d’où sera issu un comité permanent de seulement quelques membres (ils étaient neuf jusqu’en 2012, sept jusqu’en 2017). Tout porte à croire que Xi Jinping, le Secrétaire général du parti, et président de la République Populaire de Chine (RPC), verra à cette occasion le pouvoir qu’il exerce déjà être consacré et renforcé au cours d’une cérémonie grandiose dont les moindres détails auront été méticuleusement mis en scène, sans doute dès l’été 2017. Comme le souligne l’universitaire britannique Kerry Brown, ce congrès ne vise aucunement à examiner des lignes politiques différentes ni a fortiori à trancher entre elles, sur le modèle des congrès des partis politiques dans les pays européens. Il vise au contraire à manifester l’unité du parti derrière Xi Jinping et, à travers lui, l’unité de la Chine tout entière sur la voie de la « renaissance de la nation chinoise » [1]. Il y a bien sûr des enjeux qui peuvent paraître strictement politiques à cette cérémonie. On examinera notamment la place faite aux proches de Xi Jinping, ou encore l’éventuel maintien, du reste peu probable, du responsable de la lutte anticorruption, Wang Qishan, touché par une informelle limite d’âge. Du point de vue des observateurs étrangers, on s’intéressera également à la place faite aux relations internationales, avec l’entrée possible au politburo, pour la première fois depuis longtemps, d’un responsable de la politique extérieure chinoise (Yang Jiechi, ancien ministre des Affaires étrangères et conseiller diplomatique de Xi Jinping), marquant la nouvelle importance accordée par le PCC au rôle de la Chine dans le monde. On se penchera enfin sur les projets de réformes économiques, aujourd’hui mis au second plan au profit de l’obsession de la stabilité politique et de l’emprise du parti sur la société chinoise dans son ensemble. Mais cette obsession de la stabilité nous fait toucher du doigt l’objet véritable de ce congrès : il faut le voir comme une cérémonie religieuse, non pas en un sens métaphorique, mais au sens plein du terme. Son but est de réaffirmer à travers un rituel parfaitement orchestré, l’unité du corps tout uniment politique et religieux qu’est la Chine pour les Chinois [2]. Obsédé par le contrôle de la société chinoise, le PCC fera de ce congrès le symbole tangible de l’emprise qu’il exerce sur la Chine. La mise en scène d’une transition parfaitement contrôlée à la tête du parti (cinq des sept membres du comité permanent du bureau politique devraient quitter la scène politique) contribuera à manifester cette emprise.

Une Chine ultra-moderne et archaïque

A suivre René Girard, toutes les communautés humaines archaïques sont fondées sur des rituels qui visent à expulser la violence qui les menace hors d’elles-mêmes. Le sacrifice que Girard voit à la source des communautés humaines est la reproduction ritualisée d’une scène originelle : un lynchage qui a miraculeusement restauré la paix menacée par la discorde et les conflits mimétiques.

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http://institut-thomas-more.org/2017/10/18/dix-neuvieme-congres-du-pcc-le-triomphe-de-la-religion-politique-chinoise/

 

 2 – Qui est l’ennemi ? (Conflits N° 15, Pascal Gauchon)

Depuis la dialectique de Socrate, la pensée occidentale vit en couple. La géopolitique, dont Thucydide peut être considéré comme l’initiateur, n’échappe pas à cette règle. Il a mis en lumière l’opposition entre terre et mer dont il a fait le plus célèbre de ces couples et qui a nourri la réflexion des géopoliticiens allemands et anglo-saxons. On peut le regretter car il a évincé tous les autres, déjà présents chez Thucycide – force/ruse, paix/guerre, dominants/dominés, forts/faibles… et, enfin, amis/ennemis. Efficace quand il faut agir car elle simplifie, la pensée binaire ne permet pas de bien appréhender le réel. Elle laisse de côté l’entre-deux et l’ailleurs. Après l’affrontement (pacifique celui-là) entre stratèges anglo-saxons et allemands pour savoir qui l’emporte de la terre ou de la mer, Spykman démontre le rôle décisif du contact entre les deux éléments, les régions littorales ou, selon sa formule, le rimland. Voilà pour l’entre-deux. La conquête de la troisième dimension a fait émerger les puissances aériennes et aérospatiales, sans parler du cyberespace – voilà pour l’ailleurs. Les stratèges chinois nous ont habitués à ces dépassements qui valent pour tous les couples évoqués. Désigner l’ennemi, le fondement de l’action politique, n’est pas si simple. Dans l’entre-deux qui sépare l’ennemi et l’ami, se situent le neutre, le partenaire, le faux ami, le rallié… Les militaires athéniens n’avaient pas leur subtilité. Pendant la guerre du Péloponnèse les habitants de l’île de Mélos veulent rester en dehors du conflit. En 416 av. J.-C., une flotte athénienne débarque et leur impose l’alternative : se rallier à Athènes ou être détruits, et en effet la cité sera prise, les hommes massacrés, les femmes et les enfants réduits en esclavage. Une sorte de version antique de la formule du leader communiste Jdanov au début de la guerre froide : « Tout ce qui n’est pas avec nous est contre nous. » Ami ou ennemi, il faut choisir et en assumer toutes les conséquences, disent Athènes comme Moscou.

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https://www.revueconflits.com/qui-est-lennemi-editorial-du-n15/


3 – Le Conseil de sécurité des Nations Unies au Sahel : quels enjeux ? (IRIS ? Ahmedou Ould-Abdallah, ancien haut fonctionnaire, président du Centre pour la stratégie et la sécurité dans le Sahel – Sahara)

Sous la présidence française, le Conseil de sécurité va visiter cette semaine des Etats du G5 Sahel, un groupement régional composé du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad. Ces pays vivent une crise sécuritaire depuis 2005, année des premières grandes prises d’otages occidentaux et année des attaques armées d’envergure contre les forces de sécurité nationales. Un espace de transit où les trafics divers, en particulier de drogues, de cigarettes et d’êtres humains, se sont progressivement généralisés. Il est fréquent pour ce principal organe des Nations unies qu’est le Conseil de sécurité de se rendre sur le terrain pour s’informer davantage d’une crise avant de revenir à New York avec plus d’idées de sortie de crises. Précisément, au début de la décennie 2000, le Conseil avait effectué des déplacements remarqués dans des pays alors ravagés par de violentes guerres civiles : Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Libéria, Sierra Leone. Des pays où les Nations unies avaient investi massivement pour la paix à travers le déploiement de Casques bleus et l’assistance humanitaire. Des pays qui sont aujourd’hui plutôt stables ce qui permet l’espoir pour le Sahel. Marqué par une culture nouvellement importée et fondée sur une suspicion aiguë qui pousse à la fuite en avant, ce Sahel vit simultanément plusieurs crises. La plus médiatisée, et la plus meurtrière, sans être pour autant la plus profonde, est la crise sécuritaire. Elle résulte des attaques des mouvements djihadistes qui sont de plus en plus ‘’des indigènes’’, c’est-à-dire issus ou proches des populations autochtones. Il existe aussi une crise interne aux pays concernés qui alimente la précédente. Face à des dangers réels, la présence et l’utilité des autorités publiques ne sont pas souvent senties ou même perçues par les populations. Les gouvernements se comportent comme si la situation de leur pays était normale et que des efforts de renforcement et d’élargissement de leurs bases politiques n’étaient ni nécessaires ni utiles. À ces deux déficits s’ajoute un troisième bien plus grave : le déni des réalités.

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http://www.iris-france.org/101164-le-conseil-de-securite-des-nations-unies-au-sahel-quels-enjeux/

 

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