LE RAFALE ET LA BELGIQUE

OU L’ART DE SE PRENDRE LES PIEDS DANS LE TAPIS

Patrick Toussaint

Le ministre de la Défense belge vient de sonner le glas sur la vente de 34 Rafale à son pays. En France les milieux gouvernementaux semblent s’étonner de la réaction du ministre belge de la défense.

Certes, après les succès remportés ces derniers années, le Rafale a fait mentir sa réputation d’avion maudit susceptible de n’être utilisable que par la France, un avion à part donc.

L’Egypte pour 24 appareils, l’Inde pour 36 appareils, le Qatar pour 24 appareils, ces succès de ces deux dernières années ont fait justice de cette réputation mais qu’il faut nuancer quant aux raisons de ces succès.

En effet,  l’Egypte aurait été financé en partie par l’Arabie Saoudite qui aurait voulu ainsi marquer son mécontentement vis-à-vis des Etats Unis en recourant à la France.

Le Qatar, quant à lui, est resté fidèle à son positionnement neutre pour ses achats d’armement.

Si le contrat avec l’Inde est finalisé des problèmes restent à résoudre pour les transferts de technologies d’une part parce qu’il n’y a pas suffisamment de sociétés indiennes à même d’exploiter ces technologies et d’autre part, parce que les transferts de technologies demandés ne signifient rien d’autre que le désir de pouvoir produire l’appareil en toute indépendance (comme le fait la Chine vis-à-vis de la Russie).

Après toutes déconvenues passées, il ne faut pas bouder notre plaisir car cela améliore la balance des paiements, stimule notre économie et abaisse le prix d’achat des appareils à commander

Mais, celles-ci auraient dues nous permettre de tirer des leçons :

  • L’échec de la vente au Brésil a été causé par plusieurs facteurs dont le poids des interventions politiques intempestives et le prix de vente et le coût d’exploitation trop élevés entre autres face au Gripen suédois qui n’avait pourtant pas les mêmes performances que le Rafale,
  • Quant aux Pays-Bas, ils ont préféré le F35, En effet ils font partie d’un groupe de pays qui soutiennent fortement cet avion.

– Au Maroc, les Etats-Unis ont pu emporter le marché avec F 16 (de conception ancienne mais un peu actualisée). En effet l’offre très généreuse des américains a été facilitée par une cacophonie française, le gouvernement stipulant un prix et le fabricant un autre.

Les prospects en Europe, pour le Rafale, à l’heure actuelle, sont la Suisse et la Belgique, mais d’autres pays ont besoin d’acheter des avions de chasse. Bien que la vente à la Belgique soit importante, la France vient d’offrir une magnifique occasion de ne pas se prononcer sur une candidature du Rafale en ne répondant pas au cahier des charges rédigé par les autorités belges. En effet la France avait conclu que le « cahier des charges » avec 164 questions avait été préparé pour le bénéfice du F 35. Pour contourner ce désavantage, il a été imaginé d’offrir à la Belgique un partenariat d’Etat à Etat d’où devait découler l’adoption du Rafale.

C’est stupéfiant lorsque l’on connait le tropisme de la Belgique pour le Royaume Uni qui propose le Typhoon produit par Euro fighter, (consortium composé du Royaume Uni, de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne)  et qui reste lui, en face du F 35. De plus, lorsqu’on sait que les Pays-Bas ont opté pour cet appareil et le recommandent ouvertement à la Belgique. Les Pays-Bas soulignent qu’avec la Belgique ils agissent ensemble pour la défense nord et Est de l’Europe, que les deux pays  devraient adopter le même appareil afin de pouvoir fusionner  les entretiens, l’exploitation,… et ainsi réaliser un  partenariat similaire à celui proposé par la France.

Benoitement, le ministre de la défense belge explique qu’il ne peut pas prendre en compte le Rafale dans la compétition puisque cet appareil ne répond pas à la demande belge de soumission au cahier des charges, ce qui est formellement et juridiquement exact, ajoutant au surplus que rien n’empêchait la France de soumissionner et d’offrir le partenariat qu’elle envisage

On a ainsi fourni à la Belgique l’argument en or de ne pas avoir à se prononcer sur les performances du Rafale en face de ses concurrents encore en lice le F35 américain et le Typhoon d’Euro fighter.

Il faut certes attendre que le gouvernement belge réponde à l’offre de la France sur ce partenariat  qui pourrait ne pas être suffisant.

Pour notre industrie d’armement il est important de ne pas manquer les prochains contrats : la Suisse, la Malaisie et les autres pays à venir.

L’Europe de la défense aérienne est déjà très américaine et ne devenons pas le village gaulois d’Astérix.

Patrick Toussaint

 

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